Désert

Je trébuche. A bout de forces, à bout de courage, à genoux, en lambeaux, je meurs tout bas d’une souffrance qui n’est pas à ma mesure. La nuit est noir-néant. J’ai perdu jusqu’à mon bâton. 
Le vertige a depuis longtemps submergé cet espace d’un silence absolu. Un silence qui pétrifie, qui assèche, qui ride. Qui prépare. Ici, la Terre a fini de rêver. 
Je tombe. Sous ma joue, la peau rugueuse du désert me rappelle que j’ai encore un corps. Un corps? Un corps...qui désormais refuse de résonner. Sur ma peau, chaque grain de sable est une larme de la même pierre. 
Je tourne mon visage vers les étoiles afin que mon dernier regard soit pour quelque chose d’intact. 
A cet instant précis, un souffle...une odeur... la sève perlant d’un bois qui se consume. 
Un feu brûle quelque part! 
Je n’ai donc pas encore la permission de mourir. 
“Je suis le gond, tu es la porte. Sèche tes larmes, elles sont l’ultime preuve de ton orgueil. Sache que sans toi, il manque tout. L’univers n’existe que pour nourrir ton rêve. Lève-toi! Et porte-le au plus haut!”
Des bulles de mémoire, les enseignements de mes maîtres, viennent jouer sur le sable et racontent que chaque rêve est une promesse faite au monde de devenir plus vaste. 
J’existe parce que d’abord, on m’a rêvée. 
Chacun son nom, chacun son rêve. Quel est mon nom? Je l’avais oublié. 
Vite, rassembler les mille éclats de mon être, ordonner les lettres, former des mots, me construire un langage. Je vais me réinventer et me remettre en jeu. 
Donne-moi à boire, j’ai soif! A quelle source appartient le pouvoir du rêve? Je plonge et je bois, là où court, sauvage, la force vive du monde. Je bois et deviens présente, vivante dans toutes les dimensions de tous les mondes. 
Mes mains s’enfoncent dans le sable pour me relever, transformant mon désespoir en quelque chose de plus grand afin de ne pas trahir ce qui m’y a plongée. Racines plantées au ciel, chacune de mes branches se fait rêve, souffle et luciole d’amour et de joie lancée vers de probables ailleurs. Pour tout ce qui trébuche, tombe, souffre, désespère.  
La nuit porte en elle assez de lumière pour y voir tous les rêves du vivant, tissant inlassablement la toile des univers. Regarde! le mien est juste là!  
J’ai regagné ma place dans l’alphabet du cosmos, et je danse, entre ciel et ombre, là où rien ne peut entraver la lumière. 
L’aube se lève.
                                

Merci au «Patchouli Pogostemon cablin»

Virginie Pols